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Rupture du contrat australien de Naval Group : une « décision regrettable » pour Paris

Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’Australie a rompu un contrat de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d’euros) passé auprès de la France pour la livraison de sous-marins conventionnels. Un coup dur pour la France et la Bretagne : les sites lorientais et brestois de Naval Group étaient concernés dans la livraison de ces sous-marins.

L’annonce de la rupture du contrat de fournitures par le français Naval Group de 12 sous-marins conventionnels par le Premier ministre australien jette un coup de froid sur les relations entre la France et l’Australie. Paris pointe notamment un choix américain qui conduit à écarter un « partenaire européen ».

La nuit dernière, les États-Unis, qui cherchent à renforcer tous azimuts leurs alliances face à la Chine, ont annoncé un vaste partenariat de sécurité dans la zone indo-pacifique avec l’Australie et le Royaume-Uni, comprenant notamment la livraison de sous-marins à propulsion nucléaire à Canberra. Conséquence immédiate de cette annonce spectaculaire : l’Australie a rompu un énorme contrat passé auprès de la France pour la livraison de sous-marins conventionnels.

En 2016, Naval Group avait été sélectionné par Canberra pour fournir 12 sous-marins à propulsion conventionnelle (non nucléaire) dérivés des futurs sous-marins nucléaires français Barracuda.

Les sites de Lorient et de Brest devaient être concernés

350 salariés de Naval Group devaient être directement affectés au contrat de coopération et de transfert de technologies, selon la direction du groupe industrie Naval Group. Ce sont surtout les sites de Cherbourg et Angoulême-Ruelle (construction de sous-marins) ainsi que Toulon-Olioule (systèmes d’information et de surveillance) qui devaient être concernés dans un premier temps. Mais Lorient (construction de navires de surface et systèmes embarqués) et Brest (maintien opérationnel et entretien) devaient également intervenir, plus tard, via la mise à contribution de leurs ingénieurs pour ce programme au long cours.

« Pas un changement d’avis », « un changement de besoin »

D’un montant de 50 milliards de dollars australiens (31 milliards d’euros) à la signature, la valeur de ce contrat est aujourd’hui estimée actuellement à 90 milliards de dollars australiens en raison de dépassement de coûts et d’effets de change. « La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin n’est pas un changement d’avis, c’est un changement de besoin », a expliqué, ce jeudi, le Premier ministre australien.

Ce dernier a indiqué, concernant cette nouvelle alliance, que « la première grande initiative de (ce nouveau pacte appelé) « AUKUS » sera de livrer une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire à l’Australie », a dit le Premier ministre australien, Scott Morrison, apparaissant en visioconférence, ainsi que son homologue britannique Boris Johnson, lors d’un événement présidé par Joe Biden à la Maison Blanche.

Le gouvernement français remonté

La France, qui a donc vu un contrat de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d’euros) échapper à son industrie navale, a aussitôt fustigé une « décision regrettable » et « contraire à la lettre et à l’esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l’Australie », selon un communiqué conjoint des ministères de la Défense et des Affaires étrangères.

Et il n’est pas sûr que Paris se console avec les propos conciliants de Joe Biden, qui a assuré mercredi que les États-Unis voulaient « travailler étroitement avec la France » dans cette zone très stratégique. Paris « est un partenaire clé » des États-Unis, a-t-il encore dit.
« Le Royaume-Uni, l’Australie et les États-Unis vont être liés encore plus étroitement, ce qui reflète le degré de confiance entre nous et la profondeur de notre amitié », a déclaré Boris Johnson, qui engrange là un succès diplomatique certain dans sa stratégie pour éviter l’isolement international après le Brexit.

« Cela va lier l’Australie, les États-Unis et la Grande-Bretagne pour des générations »

« Sur la base de notre histoire commune de démocraties maritimes, nous nous engageons dans une ambition commune pour soutenir l’Australie dans l’acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire », ont fait savoir les trois partenaires dans un communiqué commun, qui précise qu’il s’agit bien de propulsion, et non d’armement. « Le seul pays avec lequel les États-Unis ont jamais partagé ce type de technologie de propulsion nucléaire est la Grande-Bretagne » à partir de 1958, avait indiqué plus tôt un haut responsable de la Maison Blanche. « C’est une décision fondamentale, fondamentale. Cela va lier l’Australie, les États-Unis et la Grande-Bretagne pour des générations. »

Selon ce haut responsable, le pacte « AUKUS » prévoit aussi une collaboration des trois pays en matière de cyberdéfense, d’intelligence artificielle et de technologies quantiques.

Une alliance pour faire face à la Chine

La Nouvelle-Zélande, qui interdit ses eaux à tout navire à propulsion nucléaire depuis 1985, a annoncé que les futurs sous-marins de son voisin et allié australien ne seraient pas les bienvenus chez elle. La Chine n’a, elle, pas été mentionnée dans le communiqué conjoint des dirigeants australien, américain et britannique, qui évoque la « paix et la stabilité dans la région indo-pacifique ». Mais il ne fait aucun doute que la nouvelle alliance vise d’abord à faire face aux ambitions régionales de Pékin.
Depuis son élection, Joe Biden répète qu’il entend se confronter à la Chine, comme son prédécesseur Donald Trump, mais de manière très différente, sans s’enfermer dans un face-à-face. Mercredi, il a ainsi dit vouloir « investir dans notre plus grande source de force, nos alliances » et vouloir « les mettre à jour pour mieux faire face aux menaces d’aujourd’hui et de demain ». Le président américain réunit d’ailleurs, le 24 septembre à Washington, les Premiers ministres australien, indien et japonais pour relancer un format diplomatique, le « Quad », qui végétait depuis plusieurs années.

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Télégramme

Tag(s) : #INFORMATIONS
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